
Le livret B représente aujourd’hui un produit d’épargne bancaire méconnu, éclipsé par ses cousins réglementés comme le livret A ou le LDDS. Pourtant, ce placement sans risque mérite votre attention, notamment pour comprendre les mécanismes de tarification qui régissent les produits d’épargne non réglementés. Avec une rémunération oscillant entre 0,05% et 0,75% brut selon les établissements en 2024, le livret B illustre parfaitement la liberté tarifaire dont disposent les banques françaises. Cette flexibilité conduit à des écarts significatifs entre enseignes, certaines proposant des taux dix fois supérieurs à d’autres pour un produit techniquement identique. Dans un contexte où l’inflation atteint 1% selon l’Insee et où les taux directeurs de la BCE influencent l’ensemble du marché de l’épargne, analyser l’évolution du taux du livret B devient un exercice révélateur des stratégies bancaires et des réalités économiques actuelles.
Livret B : définition et cadre réglementaire du taux d’intérêt
Le livret B constitue un produit d’épargne bancaire non réglementé, à distinguer absolument des livrets réglementés comme le livret A dont l’État fixe le taux. Cette caractéristique fondamentale signifie que chaque établissement bancaire jouit d’une liberté totale pour déterminer la rémunération qu’il souhaite offrir à ses clients. Contrairement au livret A dont le taux est fixé à 1,7% net depuis août 2024 (et attendu à 1,4% au 1er février 2026), le livret B échappe à toute obligation réglementaire de rendement minimum ou maximum.
Historiquement, le livret B a été créé par certaines banques comme complément au livret A lorsque celui-ci atteignait son plafond de 22 950 euros. La Banque Postale, par exemple, proposait ce produit jusqu’en décembre 2015, date à laquelle sa commercialisation a été arrêtée au profit du Compte Sur Livret (CSL). Cette évolution illustre la nature évolutive de ces produits bancaires, qui peuvent apparaître ou disparaître selon les stratégies commerciales des établissements.
Sur le plan réglementaire, le livret B partage néanmoins certaines caractéristiques avec les livrets réglementés : disponibilité immédiate des fonds, calcul des intérêts par quinzaine (le 1er et le 16 de chaque mois), et capitalisation annuelle des intérêts au 31 décembre. Toutefois, contrairement aux livrets défiscalisés, les intérêts générés sont soumis au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 30% depuis 2018, ou sur option au barème progressif de l’impôt sur le revenu, auxquels s’ajoutent les prélèvements sociaux de 17,2%.
Cette fiscalité impacte directement la performance nette du placement. Un taux brut de 0,50% se transforme ainsi en 0,35% net après application du flat tax, rendant ce produit souvent peu compétitif face aux alternatives réglementées. Depuis fin décembre 2025, avec l’augmentation de la CSG, le taux de PFU grimpe même à 31,4% pour les intérêts perçus en 2026, réduisant encore davantage l’attractivité du livret B.
Le cadre juridique autorise également les banques à fixer librement le plafond de dépôt du livret B, contrairement au livret
plafond de 22 950 € du livret A. En pratique, de nombreuses banques choisissent un plafond contractuel élevé, voire l’absence de plafond, afin d’attirer les dépôts sans se lier les mains réglementairement. Cette liberté se retrouve aussi dans la possibilité d’appliquer, ou non, des frais de gestion sur le livret B, même si la plupart des grandes banques renoncent à cette option pour rester compétitives. Vous l’aurez compris : sur le livret B, tout ou presque relève de la politique commerciale de chaque établissement, ce qui explique la forte hétérogénéité observée sur les taux d’intérêt.
Comparatif des taux du livret B dans les principales banques françaises en 2024
Taux du livret B chez BNP paribas et société générale
En 2024, les taux du livret B chez les grandes banques de réseau comme BNP Paribas et Société Générale illustrent parfaitement le positionnement prudent – certains diraient minimaliste – de ces enseignes sur l’épargne non réglementée. D’après les relevés de marché et les synthèses de la Banque de France sur les livrets ordinaires, la rémunération de ce type de produit tourne autour de 0,34% brut en moyenne dans les grands groupes. Chez BNP Paribas, on observe ainsi un taux du livret B compris généralement autour de 0,10% brut, tandis que la Société Générale se situe dans un ordre de grandeur voisin, souvent entre 0,10% et 0,20% brut selon les périodes prom commerciales.
Pour l’épargnant, cela signifie qu’un livret B BNP Paribas ou un livret B Société Générale ne vise pas à concurrencer les livrets réglementés comme le livret A, mais plutôt à proposer une solution d’appoint pour les liquidités excédentaires. Après application du PFU (31,4% sur les intérêts 2026), un taux brut de 0,10% revient à environ 0,07% net, soit un rendement réel largement inférieur à l’inflation anticipée de 1%. Autrement dit, ces livrets B ne préservent pas le pouvoir d’achat : ils jouent davantage le rôle de “parking” sécurisé pour la trésorerie que d’outil de valorisation.
Pourquoi ces grandes banques proposent-elles des taux si faibles sur le livret B ? D’une part, leur base de clientèle est très large et relativement captive : elles n’ont pas besoin de surenchérir sur la rémunération pour attirer des dépôts. D’autre part, elles privilégient des produits plus rémunérateurs pour elles, comme l’assurance vie en fonds euros ou les unités de compte. Pour vous, l’enjeu est donc de savoir si le confort de rester dans votre banque historique justifie de maintenir un livret B peu rémunéré ou s’il est temps de comparer les taux d’un livret B dans d’autres établissements.
Rémunération proposée par crédit agricole et LCL
Le Crédit Agricole et LCL adoptent une stratégie légèrement différente, même si le taux du livret B reste globalement modeste. Selon les caisses régionales, le Crédit Agricole peut proposer une rémunération du livret B comprise entre 0,10% et 0,30% brut, parfois assortie d’offres promotionnelles temporaires sur quelques mois. LCL, de son côté, met plus volontiers en avant son Compte Sur Livret (CSL) avec un taux de base autour de 0,30% brut, mais certaines offres commerciales peuvent s’apparenter à un livret B “boosté” pour une durée limitée.
Ce positionnement intermédiaire s’explique par la forte concurrence locale, notamment dans les zones rurales ou périurbaines où le Crédit Agricole est très implanté. Pour fidéliser ses clients, la banque peut ponctuellement relever la rémunération du livret B ou du compte sur livret lors de campagnes spécifiques. Cependant, même lorsqu’un livret B Crédit Agricole ou un livret d’épargne LCL s’affiche à 0,30% ou 0,35% brut, le taux net, une fois la flat tax appliquée, reste très inférieur au rendement d’un livret A à 1,7% net en 2024.
Pour vous, l’enjeu consiste à analyser le taux net du livret B par rapport à vos autres placements sans risque. Par exemple, un taux promotionnel de 0,70% brut pendant six mois, ramené à un taux annuel effectif et diminué du PFU, peut finalement être moins intéressant qu’un placement stable à 1,5% net sur un livret réglementé. Comme pour une promotion en grande surface, l’étiquette “boostée” ne garantit pas nécessairement une bonne affaire si l’on ne regarde pas le détail des conditions et la fiscalité applicable.
Offres de caisse d’épargne et banque populaire sur le livret B
Les réseaux Caisse d’Épargne et Banque Populaire, regroupés au sein du groupe BPCE, proposent eux aussi des livrets d’épargne non réglementés proches du livret B, parfois sous des appellations différentes (Compte sur Livret, Livret B, Livret Plus, etc.). D’après les données de marché, un livret B Caisse d’Épargne se situe souvent dans une fourchette de 0,05% à 0,10% brut hors promotion, soit l’un des niveaux les plus bas parmi les grands réseaux. La Banque Populaire adopte généralement un positionnement voisin, avec un taux plancher très proche de 0,10% brut.
En revanche, ces banques recourent fréquemment aux super livrets ou livrets promotionnels, offrant sur une période courte (souvent 2 à 4 mois) des taux pouvant dépasser 1,5% ou 2% brut, mais uniquement sur de nouveaux versements et dans une certaine limite de montant. Au-delà de cette période, le taux retombe au niveau de base, souvent peu attractif. C’est un peu comme une offre d’abonnement avec un tarif d’appel très bas la première année, puis un prix standard beaucoup plus élevé ensuite.
Si vous détenez déjà un livret A et un LDDS au plafond, le livret B Caisse d’Épargne ou Banque Populaire peut servir de complément de trésorerie, mais son rendement réel restera la plupart du temps inférieur à celui de produits comme le fonds en euros (2,6% brut en moyenne en 2024) ou certains comptes à terme autour de 2,4% brut. Avant de souscrire, interrogez-vous : utilisez-vous ce livret principalement pour la disponibilité immédiate de l’épargne, ou recherchez-vous un véritable rendement ? La réponse conditionnera l’intérêt de ces offres.
Positionnement de crédit mutuel et la banque postale
Le Crédit Mutuel dispose d’une gamme de livrets bancaires non réglementés, dont certains jouent un rôle similaire au livret B, comme le Compte sur Livret CASDEN à 0,75% brut. Ce taux se situe au-dessus de la moyenne observée dans les grandes banques pour les livrets ordinaires (0,34% brut environ), ce qui en fait l’un des produits les plus corrects du marché traditionnel, même si le taux net (environ 0,51% après PFU) reste en-deçà des meilleures solutions sans risque. Ce positionnement plus généreux reflète la logique coopérative du groupe, qui cherche à fidéliser une clientèle de sociétaires, notamment dans la sphère de l’éducation avec la CASDEN.
La Banque Postale, de son côté, a historiquement distribué un livret B Banque Postale jusqu’au 1er décembre 2015, avant de le remplacer par le Compte sur Livret. Les anciens livrets B restent rémunérés, mais le taux n’est plus commercialement mis en avant et reste très faible (0,15% brut en 2016, puis non communiqué depuis). Aujourd’hui, la Banque Postale préfère orienter ses clients vers le livret A, le LDDS ou son CSL, dont le taux tourne autour de 0,50% brut dans les meilleures phases.
Pour les clients du Crédit Mutuel ou de La Banque Postale, la question n’est donc pas seulement de comparer le taux du livret B à celui des concurrents, mais aussi d’évaluer l’intérêt de diversifier vers d’autres produits d’épargne disponibles dans la même enseigne. Un livret CASDEN à 0,75% brut peut être intéressant pour une trésorerie de court terme, tandis que le CSL de La Banque Postale sert surtout de sas de transition entre le compte courant et des placements plus structurés.
Mécanismes de révision et indexation des taux du livret B
Politique de fixation des taux par les établissements bancaires
Contrairement au livret A, dont le taux résulte d’une formule réglementaire intégrant l’inflation et les taux du marché monétaire, le taux du livret B est fixé discrétionnairement par chaque banque. Concrètement, c’est une décision de gestion de bilan : la rémunération du livret B doit rester suffisamment attractive pour attirer les épargnants, tout en restant inférieure au rendement que la banque espère obtenir en replaçant ces fonds (crédits, placements de trésorerie, etc.). On peut assimiler ce taux à un “prix” que la banque paie pour collecter de l’épargne.
Les équipes financières examinent plusieurs paramètres : niveau des taux interbancaires, coût des autres ressources (obligations, refinancement BCE), objectifs commerciaux du moment, et pression concurrentielle (notamment des banques en ligne et fintechs qui proposent des super livrets). Si la banque a déjà des liquidités abondantes, elle n’a pas intérêt à relever le taux du livret B. À l’inverse, si elle souhaite financer une croissance du crédit, elle peut temporairement améliorer la rémunération pour attirer davantage de dépôts.
Pour vous, cela signifie que le taux du livret B n’est pas une donnée figée, mais la traduction ponctuelle de la stratégie de votre banque. Une hausse soudaine de la rémunération peut signaler un besoin accru de liquidités ou une volonté de conquête de nouveaux clients. À l’inverse, une stabilité prolongée à un niveau très bas traduit souvent un positionnement où le livret B n’est pas au cœur de la politique commerciale.
Corrélation avec le taux directeur de la BCE
Bien que le livret B ne soit pas directement indexé sur un taux de référence, son évolution reste étroitement liée aux décisions de la Banque centrale européenne (BCE). Lorsque la BCE relève son taux directeur, le coût de refinancement des banques augmente, mais, parallèlement, les rendements des placements de trésorerie et des crédits montent aussi. Les établissements disposent alors d’une marge de manœuvre plus large pour mieux rémunérer l’épargne sans risque, y compris les livrets B.
À l’inverse, dans un environnement de taux directeurs très bas, comme celui qui a prévalu jusqu’en 2022, les banques n’ont guère d’intérêt à relever la rémunération de leurs livrets ordinaires : la collecte est déjà abondante et les placements sûrs rapportent peu. On a ainsi observé des livrets B à 0,05% ou 0,10% brut, parfois à la limite du symbolique. La remontée des taux de la BCE depuis 2022 a entraîné une hausse des rendements sur les comptes à terme et les fonds en euros, mais les livrets B, eux, n’ont que marginalement suivi ce mouvement.
Pourquoi cette asymétrie ? Parce que les banques arbitrent entre les différents canaux de collecte : elles préfèrent souvent concentrer les primes de taux sur des produits plus “engageants” pour le client (assurance vie, PEL, CAT) plutôt que sur un livret totalement liquide comme le livret B. Pour l’épargnant attentif, suivre l’évolution du taux directeur de la BCE permet donc d’anticiper les phases où les banques seront incitées à améliorer, même légèrement, la rémunération de leurs livrets non réglementés.
Impact de l’inflation sur la rémunération du livret B
L’inflation joue un rôle central dans l’appréciation du rendement réel du livret B. Selon l’Insee, la hausse des prix serait d’environ 1% en 2025. Dans ce contexte, tout placement sans risque offrant un rendement net inférieur à ce chiffre détruit progressivement du pouvoir d’achat. Or, avec des taux bruts souvent compris entre 0,05% et 0,75% et une fiscalité lourde, le livret B dépasse rarement le seuil de 1% net, sauf en cas de promotion exceptionnelle.
Contrairement au LEP, dont le taux est conçu pour protéger les épargnants modestes contre l’inflation, le livret B n’a aucun mécanisme automatique d’indexation. Il appartient donc à chaque banque de décider si elle souhaite, ou non, ajuster la rémunération pour suivre l’évolution des prix. En pratique, la plupart des établissements considèrent que la clientèle du livret B recherche avant tout la sécurité et la liquidité, et accepte donc un rendement réel parfois négatif, surtout sur de petites sommes ou sur des durées courtes.
Pour vous repérer, un réflexe simple consiste à comparer systématiquement le taux net du livret B à l’inflation publiée par l’Insee. Si votre livret B rapporte 0,35% net et que l’inflation s’établit à 1%, votre pouvoir d’achat baisse mécaniquement d’environ 0,65% par an sur cette épargne. Sur quelques mois, l’impact est limité, mais sur plusieurs années, c’est comme si votre épargne subissait une lente “érosion”, comparable à de la rouille sur un métal exposé aux intempéries.
Fréquence de révision des taux par trimestre et par banque
La fréquence de révision du taux du livret B varie d’une banque à l’autre. Certaines mettent à jour leurs taux une à deux fois par an, souvent en janvier et en juillet, en fonction des conditions de marché et des décisions de la BCE. D’autres préfèrent une approche plus opportuniste, ajustant ponctuellement les taux de leurs livrets ordinaires lors de campagnes commerciales ou pour répondre à la concurrence d’une banque en ligne voisine.
En pratique, la plupart des grands réseaux (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, Caisse d’Épargne, etc.) modifient rarement le taux de leur livret B “standard” plus de deux fois par an, et parfois beaucoup moins. Les changements les plus fréquents concernent surtout les super livrets, dont les offres bonus évoluent par trimestre. Cette inertie s’explique par la volonté d’éviter de brouiller le message commercial auprès des clients et de limiter les coûts administratifs liés aux modifications de conditions.
En tant qu’épargnant, vous avez tout intérêt à vérifier au moins une fois par an le taux actualisé de votre livret B. Une révision à la baisse peut passer inaperçue si vous ne lisez pas les mails ou les courriers d’information de votre banque. À l’inverse, une hausse ponctuelle peut constituer une opportunité de placer temporairement une trésorerie, à condition de rester vigilant sur la date de fin de la promotion et sur le retour au taux de base.
Facteurs différenciants du taux du livret B entre établissements
Stratégie commerciale et positionnement concurrentiel des banques
Si le taux du livret B varie autant entre les banques, c’est d’abord parce qu’il reflète leur stratégie commerciale globale. Une banque de réseau traditionnel, dotée d’une forte notoriété et d’un maillage d’agences dense, s’appuie davantage sur sa relation de proximité que sur la rémunération de ses livrets pour fidéliser les clients. Elle peut donc se permettre d’afficher des taux plus bas, misant sur la commodité et le service plutôt que sur la performance de l’épargne à court terme.
À l’inverse, une banque en ligne ou une fintech, sans agence physique, n’a que quelques leviers pour séduire : la simplicité d’usage, les frais réduits et des taux attractifs sur les livrets. Elle proposera plus volontiers un super livret à 3% ou 4% brut sur une courte période, quitte à réduire ensuite la rémunération. Le livret B devient alors un outil marketing puissant : il sert de “produit d’appel” pour faire venir les clients, qui seront ensuite incités à souscrire une assurance vie, un crédit ou une carte premium.
Pour vous, comprendre ce positionnement concurrentiel permet d’éviter certains pièges. Un taux très élevé sur quelques mois ne doit pas faire oublier le rendement à long terme. De même, un taux faible dans une banque traditionnelle peut se justifier si vous y trouvez, en contrepartie, une qualité de conseil ou des services annexes (gestion de patrimoine, accompagnement crédit immobilier) qui ont de la valeur pour vous. Le livret B n’est qu’une pièce du puzzle.
Coût de collecte de l’épargne et structure financière
Le livret B est aussi un instrument de gestion financière pour les banques. Plus le coût de collecte de l’épargne est faible, plus la marge d’intermédiation est confortable. C’est pourquoi les établissements dont le modèle repose sur une forte base de dépôts à vue (comptes courants non rémunérés) n’ont pas forcément besoin de proposer un taux élevé sur leurs livrets B : ils disposent déjà de ressources bon marché. À l’inverse, une banque qui se finance davantage sur les marchés obligataires ou auprès de la BCE peut avoir intérêt à renforcer sa collecte de dépôts, quitte à mieux rémunérer les livrets.
La structure financière joue également un rôle : les banques mutualistes, par exemple, peuvent être tentées de rétrocéder une partie de leur performance à leurs sociétaires via des taux légèrement supérieurs sur certains livrets. D’autres établissements, soumis à des contraintes de solvabilité plus fortes ou à une pression accrue des marchés, privilégieront au contraire une politique de taux bas pour préserver leurs marges. C’est un peu comme deux entreprises qui fixent des prix différents sur un même produit selon leurs coûts de production et leur stratégie de profit.
Pour l’épargnant, ces arbitrages internes restent invisibles, mais ils se traduisent concrètement par des écarts de rémunération de 1 à 10 sur le taux du livret B entre deux enseignes. D’où l’intérêt de ne pas se limiter à sa banque historique, mais de comparer régulièrement les conditions proposées, voire d’envisager l’ouverture d’un livret dans un autre établissement si l’écart de taux est significatif et si le montant à placer justifie la démarche.
Segmentation clientèle et offres promotionnelles temporaires
Enfin, le niveau de rémunération du livret B dépend souvent de la segmentation de la clientèle visée. Certaines banques réservent leurs meilleurs taux à des profils spécifiques : jeunes de 12 à 25 ans, nouveaux clients, hauts revenus, professions libérales, etc. Elles peuvent par exemple proposer un livret jeune à 2,4% net, un livret “premier pas” pour les enfants, ou encore des super livrets pour les nouveaux entrants, tandis que le livret B “généraliste” reste peu rémunéré.
Les offres promotionnelles occupent une place centrale dans ce dispositif. Pendant quelques semaines, un livret B ou assimilé peut afficher un taux de 3% ou 4% brut sur une tranche de 20 000 € ou 50 000 €, puis retomber à 0,50% brut au-delà ou à l’issue de la période. Vous l’avez sans doute déjà constaté : ces promotions sont mises en avant dans les publicités, mais les conditions (durée, plafond, fiscalité) sont souvent reléguées en bas de page en petits caractères.
Pour optimiser la rémunération de votre livret B en 2024, il est crucial de lire attentivement ces conditions et de faire un calcul simple : quel est le rendement moyen annuel, une fois la phase de promotion et la fiscalité intégrées ? Une promotion à 4% brut pendant 2 mois, suivie d’un taux de base à 1,5% brut, aboutit à un rendement moyen bien inférieur à 4% sur l’année, d’autant plus après déduction du PFU. L’analogie avec un abonnement téléphonique “premiers mois offerts” est parlante : ce qui compte, c’est la facture annuelle totale, pas seulement le tarif d’appel.
Évolution historique des taux du livret B depuis 2020
Pour comprendre comment évolue le taux du livret B selon les banques, il est instructif de revenir sur la période 2020-2025, marquée par des changements de cycle de taux. Entre 2020 et début 2022, les taux d’intérêt en zone euro étaient historiquement bas. La Banque centrale européenne maintenait un taux directeur proche de zéro, voire négatif sur certaines facilités. Dans ce contexte, les livrets B affichaient des taux planchers : 0,05% ou 0,10% brut chez de nombreux acteurs, parfois 0,20% ou 0,30% pour les offres les plus généreuses.
À partir de 2022, la remontée rapide des taux de la BCE pour contrer l’inflation a entraîné une revalorisation de nombreux produits d’épargne : PEL, CAT, fonds en euros, etc. Le livret A a ainsi vu son taux évoluer pour atteindre 1,7% net en 2024. Pourtant, les taux du livret B n’ont globalement progressé que de manière marginale : la moyenne des livrets ordinaires s’établit à 0,79% brut selon la Banque de France, avec de forts écarts entre banques traditionnelles et super livrets des banques en ligne, autour de 1,54% brut de base.
Cette décennie montre un phénomène récurrent : les livrets B servent de variable d’ajustement. Lorsque les taux sont bas, ils restent collés au plancher. Lorsque les taux montent, ils ne suivent qu’en partie le mouvement, les banques privilégiant d’autres supports pour refléter la hausse. Par exemple, un ancien livret B de La Banque Postale est passé progressivement de 0,80% brut en 2013 à 0,15% en 2016, avant de devenir quasiment symbolique. De nombreuses banques ont d’ailleurs cessé de commercialiser le livret B stricto sensu, lui préférant des comptes sur livret plus flexibles sur le plan marketing.
Pour l’épargnant, la leçon est claire : s’appuyer sur l’historique des taux du livret B pour anticiper des hausses futures est souvent illusoire. Les ajustements restent limités et fortement dépendants de la stratégie de chaque établissement. Plutôt que d’attendre un hypothétique rebond spectaculaire du taux du livret B, il est généralement plus pertinent de diversifier vers des produits dont le rendement suit davantage le cycle des taux, comme les comptes à terme ou l’assurance vie en fonds euros.
Optimisation fiscale et arbitrage entre livret B et autres produits d’épargne réglementés
Dernier point clé pour apprécier l’intérêt du livret B : sa fiscalité, et les arbitrages possibles avec les livrets réglementés. Comme rappelé plus haut, les intérêts du livret B sont soumis au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) – 12,8% d’impôt + 17,2% de prélèvements sociaux, soit 30% jusqu’en 2025, puis 31,4% à partir des intérêts 2026 en raison de la hausse de la CSG. À l’inverse, les intérêts du livret A, du LDDS et du LEP sont totalement exonérés d’impôt et de prélèvements sociaux. Autrement dit, un taux de 1,5% net sur un livret A équivaut à un taux brut d’environ 2,15% sur un livret B soumis au PFU.
Dans cette perspective, l’arbitrage fiscal est assez simple : tant que vos livrets réglementés ne sont pas au plafond (22 950 € pour le livret A, 12 000 € pour le LDDS, 10 000 € pour le LEP), il est rationnel de les remplir en priorité avant d’alimenter un livret B. Ce n’est qu’une fois ces plafonds atteints que le livret B peut trouver sa place comme complément de trésorerie, ou comme produit transitoire en attendant d’investir sur une assurance vie ou un PEA, par exemple. De la même manière, un PEL à 1,75% ou 2% brut, malgré sa fiscalité, peut s’avérer plus intéressant qu’un livret B à 0,30% brut.
Comment optimiser concrètement ? Vous pouvez adopter une hiérarchie de vos placements sans risque : d’abord les livrets réglementés (A, LDDS, LEP), ensuite le fonds en euros d’une assurance vie (2,5% à 2,6% brut en moyenne), puis éventuellement un livret B ou un compte sur livret pour la partie de votre épargne de précaution qui dépasse les plafonds, ou pour des besoins de liquidité très court terme. L’optimisation fiscale consiste alors à limiter le plus possible la part de votre épargne soumise au PFU à rendement faible, et à concentrer sur le livret B uniquement ce qui ne peut pas être placé plus efficacement ailleurs.
Enfin, n’oubliez pas qu’il est possible, sous conditions, d’opter pour l’imposition des intérêts du livret B au barème progressif de l’impôt sur le revenu au lieu du PFU. Cette option peut être avantageuse si votre taux marginal d’imposition est faible et si vous bénéficiez de déductions importantes. Toutefois, dans la plupart des cas, cette optimisation fine ne compense pas le faible taux du livret B par rapport aux produits d’épargne réglementés. La fiscalité ne transforme pas un mauvais taux en bon placement : elle ne fait que moduler, à la marge, la performance nette d’un produit dont la principale qualité reste la liquidité et la sécurité, bien plus que le rendement.